Compte tenu de la nécessaire complémentarité devant exister entre les composantes matérielles et morales du développement humain, nous nous attachons à donner à la culture toute l’importance et tout l’intérêt qu’elle mérite. Nous sommes, en effet, convaincus qu’elle est le ciment de la cohésion de la nation, et le miroir de son identité et de son authenticité. Le Maroc, riche de son identité plurielle aux multiples affluents linguistiques et ethniques, possède un patrimoine culturel et artistique digne d’admiration. Il appartient donc au secteur culturel de traduire concrètement cette diversité. Il devrait encourager toutes les formes d’expression créatrices, aussi bien celles en harmonie avec notre patrimoine séculaire que celles en phase avec le goût moderne, dans ses styles et ses genres, multiples et variés, et ce, dans une démarche où se conjuguent et se complètent les traditions ancestrales et les créations modernes.
Extrait du Discours prononcé à l’occasion du
14è anniversaire de la Fête du Trône,
le mardi 30 juillet 2013
PHOTO TANGER 2026
Photo Tanger, le Festival International de l’Image, est fier d’annoncer sa première édition, qui se déroulera du 17 juin au 31 août 2026 dans divers lieux culturels et espaces publics à travers la ville de Tanger.
Le thème de cette première édition, « L’appel du large », rend hommage à cette ville tournée vers la Méditerranée et l’Atlantique, évoquant l’ouverture à l’altérité et au voyage depuis l’Antiquité. Il souligne également l’attrait culturel durable de Tanger, comme le rappelle Tahar Ben Jelloun :
« Photo Tanger, le premier festival international de l’image, rend justice à la ville et à ses histoires. Expositions de photos, projections de films au Ciné Alcazar, cher à ma mémoire. Tanger sera de la fête, renouant ainsi avec sa traditionnelle ouverture sur le large. »
Par la création de Photo Tanger, ce festival international de l’image ambitionne de contribuer culturellement à la dynamique qui anime la ville du détroit, en renouant avec son riche héritage photographique et en explorant les pratiques visuelles contemporaines ainsi que leurs évolutions créatives.
Photo Tanger se veut un festival ancré localement tout en étant ouvert sur le monde, mettant en lumière de nouveaux regards et favorisant les échanges interculturels à travers la présentation des œuvres d’artistes établis et émergents, d’ici et d’ailleurs.
Il s’adresse particulièrement au jeune public en développant, en partenariat avec le ministère de la Culture, des projets pédagogiques qui visent à initier les jeunes aux pratiques et savoir- faire liés à la photographie, créant ainsi un environnement favorable à la transmission et au partage.
Ainsi, Photo Tanger célèbrera l’image en tant que langage universel capable de questionner, de rassembler et d’émouvoir. Il favorisera les échanges inter- culturels et contribuera au rayonnement de Tanger ainsi qu’à son attractivité touristique.
LE LARGE
Mai 1996.
Rencontre avec le poète américain Allen Ginsberg, à Tanger où il était venu rendre visite à son ami malade Paul Bowles. Nous nous connaissions un peu. Nous avions récité nos poèmes dans un théâtre à New York en 1995. Il parlait assez bien le français. Je lui propose de prendre un thé à l’hôtel El Minzah. Discussion à bâtons rompus.
Une question me taraudait depuis longtemps : pourquoi Tanger ? Pourquoi le groupe de la Beat Generation avait-il choisi Tanger pour s’y retrouver autour de Paul Bowles ?
Réponse : le nom ! Tangier ! Et puis le hashisch pas cher !
Tanger a de tout temps été considéré comme un mystère étrange, ce qui a fait dire à Jean Genet que c’est une ville de bandits et d’espions, ajoutant : « Ville trahison ».
Tout est possible. L’aventure comme l’écriture. Ce fut dans cette ville que Tennessee Williams a écrit « Soudain l’été dernier » (hôtel Djenina) ; ce fut dans une maison de la Casbah que Juan Goytisolo avait écrit « Don Julian ». Tanger est une ville romanesque. Elle délivre les imaginations, provoque les poètes et offre aux peintres la lumière dont ils ont besoin. Eugène Delacroix, Henri Matisse, Claudio Bravo, etc.
Ville d’ouverture et de passage. Porte de l’Afrique. Seuil de l’Europe. Entre Tanger et Algésiras, quatorze kilomètres seulement.
Ibn Battûta, natif de Tanger et grand voyageur, avait suivi l’exemple de Marco Polo.
Le cinéma et la photographie y ont trouvé leur univers. Mauvais films, mais de grands photographes l’ont vengée.
Photo Tanger, le premier Festival International de l’Image, rend justice à la ville et à ses histoires. Expositions de photos, projections de films au Ciné Alcazar, cher à ma mémoire. Tanger sera de la fête, renouant ainsi avec sa traditionnelle ouverture sur le large.
PHOTO TANGER : AUX ORIGINES D’UN REGARD
Tout commence à Tanger, à l’été 2025, lors d’une rencontre entre amis réunis autour de Tahar Ben Jelloun. De cet échange naît un constat partagé : malgré son dynamisme urbain et économique, la ville du Détroit manque d’un événement culturel fédérateur, à la hauteur de ses ambitions et de son histoire.
Ce constat a éveillé en nous le désir d’apporter notre contribution culturelle à cette ville qui nous a ouvert les yeux sur le monde, afin qu’elle préserve son identité et se souvienne qu’elle fut autrefois un foyer d’inspiration pour des créateurs venus de tous horizons.
C’est dans cet esprit qu’est née l’idée de Photo Tanger, un festival international dédié à la photographie : un événement qui célèbre l’image comme un langage universel, capable d’interroger le monde, de créer du lien et de susciter l’émotion.
Tanger et la photographie : une histoire partagée
L’histoire de la photographie à Tanger remonte au XIXe siècle, dans un contexte marqué par l’expansion européenne. Très tôt, la ville devient une étape incontournable pour les photographes voyageurs, dans le sillage des artistes orientalistes en route vers l’Égypte et le Proche-Orient.
Grâce à sa situation stratégique, la ville de Tanger, où le corps diplomatique occidental est autorisé par le royaume à s’établir dès 1856, devient alors la seule ville marocaine accessible à ces artistes et photographes. À partir de 1870, des studios photographiques s’y installent et travaillent notamment pour les légations étrangères.
Avec l’instauration de son statut international en 1924, Tanger s’impose rapidement comme un lieu névralgique des échanges humains et commerciaux. Elle attire écrivains, peintres et photographes occidentaux, fascinés par son identité singulière et son cosmopolitisme.
Cette effervescence favorise également l’émergence de vocations locales, à l’image d’Allal Dfouf, qui fonde son studio en 1938 et réalise notamment le reportage du célèbre discours du sultan Mohammed V à Tanger en 1947, où il se prononce en faveur de l’indépendance du Maroc.
Ainsi, Tanger s’affirme comme un lieu majeur de l’émergence de la photographie au Maroc, dont la mémoire visuelle constitue encore aujourd’hui un champ de réflexion essentiel pour comprendre la représentation du Maroc dans l’imaginaire colonial.
Dans cette histoire, la figure de Gabriel Veyre mérite également d’être rappelée. Opérateur des frères Lumière, il est invité en 1901 par le sultan Moulay Abdelaziz à Marrakech pour lui enseigner la photographie et le cinéma, faisant du souverain l’un des premiers Marocains à pratiquer cet art.
Vers un regard endogène
Après l’indépendance en 1956, la photographie s’inscrit progressivement dans la culture visuelle marocaine. Des studios populaires apparaissent dans les médinas, tandis qu’une nouvelle génération de photographes développe une approche à la fois esthétique et identitaire. L’artiste Mohamed Melehi, parallèlement à sa pratique picturale, s’investit dans la photographie et initie, dès 1965, des cours dédiés à cette discipline à l’École des Beaux-Arts de Casablanca.
À partir des années 1980, une photographie dite « humaniste » s’affirme, notamment à travers le travail de Daoud Aoulad-Syad, profondément ancré dans le Maroc populaire. La Galerie Delacroix à Tanger consacre une exposition à ses photographies en couleur, témoignant de la richesse de son parcours et de son regard empathique sur une frange de la population souvent laissée à la marge.
Une scène contemporaine en mouvement
À l’aube du XXIe siècle, une nouvelle génération d’artistes, dont de nombreuses femmes photographes, renouvelle profondément la pratique artistique de ce mé- dium. Dépassant les formes classiques, ils explorent une pluralité d’approches — photographie plasticienne, vidéo, installation — et interrogent des thématiques telles que le corps, la mémoire et les transformations sociales.
Un élément déterminant de cette dynamique réside dans le lien avec la diaspora marocaine. Plusieurs photographes, formés à l’étranger, notamment en Europe, entretiennent un rapport actif avec le Maroc, soit en y revenant, soit en collaborant avec la scène locale. Grâce à leur formation dans des écoles reconnues et à leur immersion dans des courants artistiques internationaux, ces artistes introduisent au Maroc des approches innovantes.
À l’image de Mohamed El Baz, revenu au Maroc en 2005, qui y introduit une démarche privilégiant le processus intellectuel sur la seule forme et développe des pratiques en résonance avec les enjeux contemporains.
La première édition de Photo Tanger met en lumière cette génération à travers son exposition phare :
Regards des photographes marocains du monde : Exister entre les certitudes du monde. Celle-ci révèle la richesse de leurs parcours et la singularité de leurs regards, nourris par la mobilité, l’échange et l’expérience des deux rives de la Méditerranée.
Cette exposition a vu le jour grâce au soutien du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger, engagé dans la valorisation des créateurs de la diaspora et convaincu de leur rôle dans le renouvellement culturel.
Tanger, l’appel du large
En écho à cette histoire, nous avons choisi le thème de cette première édition, « L’appel du large », qui en constitue ainsi le fil conducteur.
Depuis l’Antiquité, Tanger incarne le voyage et l’ouverture : des Phéniciens à Ibn Battûta, jusqu’aux artistes et écrivains modernes, la ville n’a cessé d’attirer celles et ceux en quête d’inspiration.
La programmation du festival est constituée d’expositions orchestrées par une constellation de commissaires invités, investissant divers lieux artistiques de Tanger : galeries privées, musées, espaces publics et institutions culturelles. Il se déploie comme une déambulation à travers la ville, invitant le public à la découverte des expositions qui s’y nichent. De mi-juin à fin août, Tanger devient ainsi un territoire d’expression photographique et d’animation culturelle.
Un festival inclusif et engagé
Une attention particulière est portée à l’accessibilité du festival, notamment pour le jeune public. Des projets pédagogiques, menés en collaboration avec le ministère de la Culture, de la Jeunesse et de la Communication, initient les jeunes aux pratiques photographiques. Des expositions en plein air leur sont consacrées. En parallèle, un concours dédié aux jeunes photographes marocains encourage l’émergence de nouveaux talents.
Photo Tanger se veut également un espace de réflexion et de dialogue, à travers des rencontres réunissant artistes et professionnels autour des enjeux contemporains de l’image et de ses évolutions.
Cap sur l’Espagne
Attaché à son ouverture sur le monde, le festival met chaque année les artistes d’un pays à l’honneur. Pour cette édition inaugurale, l’Espagne s’impose naturellement, en raison de ses liens historiques et culturels avec le Maroc.
À cette occasion, une exposition consacrée à Isabel Muñoz, grande figure de la photographie espagnole, sera présentée à l’Instituto Cervantes de Tanger. Elle s’accompagnera d’un cycle de cinéma espagnol, projeté dans la salle mythique de l’Alcazar, retraçant l’évolution du cinéma espagnol des années 1950 à aujourd’hui.
Ces événements sont rendus possibles grâce au soutien de l’Ambassade d’Espagne au Maroc.
Nos partenaires
La première édition de Photo Tanger a vu le jour grâce à une dynamique de mobilisation collective, réunissant des partenaires publics et privés autour d’une conviction commune : rendre l’art accessible au plus grand nombre et faire de la culture un véritable levier de développement, de partage et de rayonnement pour Tanger.
Le festival bénéficie du soutien précieux de partenaires institutionnels majeurs — la Wilaya de Tanger, le ministère de la Culture, de la Jeunesse et de la Communi- cation, le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger, la Fondation Nationale des Musées ainsi que le Port Tanger Medina — dont l’accompagnement est déterminant dans la mise en œuvre de nos projets artistiques, pédagogiques et de médiation.
Par ailleurs, les fondations d’entreprises, telles que la Fondation Alliances et la Fondation TGCC, jouent un rôle essentiel dans la coproduction des initiatives portées par le festival.
Nous exprimons notre profonde gratitude et notre sincère reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui s’engagent aux côtés de Photo Tanger 2026.
Directeur artistique de Photo Tanger